360 FILM FESTIVAL #5 – Focus sur les Lauréats !

 

Le 360 Film Festival vous donne rendez-vous chaque mois avec une interview d’un des Lauréats.

 

My Identity is this expanse!

MEILLEUR SON

 

Ce mois-ci, nous vous invitons à découvrir l’interview des créateurs de My Identity is this expanse! : Karolina Markiewicz et Pascal Piron.
 

360 Film Festival : Pouvez-vous nous parler de la genèse du projet ?
 

Karolina Markiewicz et Pascal Piron : Le point de départ de My identity is this expanse! était Les Formidables et Mos Stellarium – nos longs métrages documentaires retraçant les histoires de plusieurs jeunes immigrés et réfugiés, nos élèves – qui ont dû effectuer leurs trajets respectifs à travers la Syrie, le Pakistan, la Palestine, l’Iran, la Turquie mais aussi les Balkans, certains dans des boîtes de légumes fermées calées sur ou dans des camions. Certains de ces jeunes ont été consultants pour ce projet en réalité virtuelle, notamment Christina Khoury ou Yunus Yusuf, mais aussi l’autrice Syrienne Wajdane Nassif et le médecin humanitaire Dr Raphaël Pitti.
 
Il était crucial que My identity is this expanse! soit raconté du point de vue de d’un enfant ou d’un adolescent, qu’il soit transposable aux histoires d’autres enfants, sans nationalité particulière, historiquement décontextualisées, car il y a eu et il y a aujourd’hui encore beaucoup d’enfants en exil forcé à travers tous les continents.
 
L’idée principale de My identity is this expanse! était de pourvoir réfléchir à travers la documentation de faits violents et les souvenirs plus oniriques, tout en passant par les filtres spécifiques du monde des enfants. Nous voulions aussi mettre en exergue ce qui constitue pour eux la culture et comment l’imagination, voire la poésie peuvent les aider à devenir résilients, précisément comme nombreux d’entre eux le sont.
 
360FF : Comment avez-vous abordé l’écriture du scénario avec le poème ?
 
KM & PP : Tout est parti du poème, des mots, de leurs images, mais aussi du rythme. Nous nous sommes aussi intéressés à l’apprentissage d’un poème par les enfants. Comment cet apprentissage se fait et ce qu’il signifie pour l’avenir de cette enfant – cette personne.
 
360FF : La place du spectateur le contraint à rester enfermé pour donner tout son sens à l’œuvre. Pari difficile pour une œuvre interactive mais qui fonctionne parfaitement. Comment l’ambiance sonore a-t-elle été pensée et créée pour immerger le spectateur ?
 
KM & PP : Le plus grand moment dans la création a été consacré en effet au son, à sa justesse, ses qualités ainsi que sa spatialisation. Nous avons beaucoup essayer avec les ingénieurs son de Sonic Invasion. C’est un composition en soi de tous les éléments sonores. Bien sûr, la composition de la bande sonore en différentes couches par Kevin Muhlen, avec l’interprétation d’une partie par Nataša Grujović ont été un fondement parfait. Il s’agissait de se situer entre les faits violents et le poème de Mahmoud Darwich, évocateur de souvenirs et de rêves, pour créer une nuance supplémentaire. On voulait enfermé les participants et leur montrer l’essentiel, mais surtout le faire expérimenter le monde intérieur d’un enfant dans cette situation. Ce monde passe beaucoup par le son.
 
360FF : Le casting voix est très important. Comment s’est-il déroulé ?
 
KM & PP : Nous aimons travaillé avec les mêmes comédiennes et des comédiens de théâtre, surtout Elisabet Johannesdottir et Jules Werner – leur interprétation est plus juste et leur travail recherché. Nous travaillons également avec des acteurs professionnels et non professionnels : enfants et adultes d’origines et de milieux différents : Edi et Leo Hudson, Lara Windeshausen, Maja Clement, Christina Khoury, Catherine Elsen, Pitt Simon, Khalid Abubakar.
 
360FF : Quelle fut la réaction de Yunus Yusuf lorsqu’il a vécu l’expérience immersive qui s’inspire de sa propre vie ?
 
KM & PP : Il a été touché, ce monde appartient à son passé, il l’a partagé généreusement avec nous et maintenant avec vous. Aujourd’hui, il est fier d’avoir avancé. Il vient de terminer ses études en sciences économiques et sociales.

 
360FF : Pouvez-vous nous donner quelques mots sur l’installation qui accompagne l’œuvre ?
 
KM & PP : Elle constitue à la fois un prologue et un épilogue pour l’expérience – ce sont autant de différents niveaux de perception de ces histoires douloureuses et riches de sens.
 
360FF : Quels sont les prochains projets ?
 
KM & PP : Nous venons de terminer un long métrage documentaire, un road movie avec des survivants de la Shoah accompagnés d’adolescents:The living witnesses. Nous posons aussi les premières jalons d’un nouveau projet en réalité virtuelle sur le Zeitgeist, cette époque pandémique particulière dans laquelle nous nous trouvons tous aujourd’hui et de laquelle il est bon de se penser plus loin vers l’avant.

 
 
 

 

HETEROTOPIA

MEILLEURE INTERACTIVITE

 

Ce mois-ci, nous vous invitons à découvrir l’interview des créateurs de HETEROTOPIA : Léon Denise, Samuel Lepoil et Dorian Rigal.
 

360 Film Festival : Pouvez-vous nous parler de la genèse du projet ?
 

Dorian Rigal & Léon Denise : Ce projet est issu d’une série de recherches graphiques que nous avons faites avec Néon Minuit entre 2018 et aujourd’hui. Nous sommes allés voir Tamanoir pour concevoir ensemble un projet qui pourrait à la fois avoir la dimension narrative du film et l’expérience sensorielle de l’espace permis par la réalité virtuelle. L’idée initiale est de ramener le corps dans la réalité virtuelle. Ce dialogue entre réel et virtuel nous a guidé pendant toute la conception de Heterotopia. C’est ce rêve de passer derrière l’écran, de faire corps avec l’expérience numérique.
 
360FF : L’histoire d’amour entre les deux architectes, d’où vous vient-elle ?
 
Samuel Lepoil : Pour servir au mieux notre questionnement sur le réel et le virtuel, nous avons voulu prendre comme sujet la création elle-même. Pour cela, parler de deux architectes permettait de rendre concrète à travers la création d’une maquette la recherche d’absolu et son échec qui caractérise la créativité. Nous nous sommes beaucoup inspirés de l’histoire d’amour entre Camille Claudel et Auguste Rodin pour finalement la transcender et parler ainsi d’un couple qui s’abîme en créant ensemble.
 
360FF : L’architecture est l’un des personnages de l’œuvre. Pourquoi avoir utilisé / mis en avant cet art ?
 
Dorian Rigal : Nous voulions créer des chimères de bâtiments composés de scan de lieux réels. Depuis longtemps, il y a d’une part la 3D, de l’autre la photo, d’un côté la fiction, de l’autre le réel. La photogrammétrie fait le pont entre tous ces mondes. Ici se rejoue d’un point vue technique le thème de l’œuvre : la rencontre entre l’utopie et le réel. Se concentrer sur la photogrammétrie de bâtiment, c’est aussi parler d’un imaginaire qui nous est contemporain : celui de la ville.
 
360FF : Quel fut le déclic pour utiliser la Kinect ?
 
Dorian Rigal & Léon Denise : Notre premier projet en tant que collectif a été de connecter les corps du spectacle vivant dans un monde virtuel. Le projet Ether (2018) met en scène un équilibriste qui interagit avec la Kinect et son double numérique dans un paysage virtuel. Nous avons depuis continué de développer ces outils.
 
Le déclic autour du potentiel du dispositif actuel s’est déclenché quand nous avons synchronisé l’espace réel capturé par la Kinect dans l’espace virtuel de la VR et ainsi interagi avec le réel depuis le virtuel.
 
De nouvelles sensations sont apparues au moment où nous avons pu interagir dans la VR avec une table réelle remplie d’objets et de matières diverses. Le toucher devient accessible à la VR et se transforme en un nouveau médium pour l’expérience.
 
360FF : Pouvez-vous nous expliquer les étapes de création de l’interactivité ?
 
Samuel Lepoil : Nous avons commencé avec un projet contemplatif. Plus nous avancions, plus nous voulions impliquer le corps de l’utilisateur dans l’expérience. En parlant d’architecture, il est vite devenu évident que nous devions placer ce thème au centre de l’interactivité en permettant le dialogue entre corps et décor. La table du studio d’architecture, supportant une maquette, permettait de concentrer l’interaction dans l’espace de jeu tout en autorisant l’utilisateur à modifier de larges espaces.

 
360FF : Au départ, une installation était prévue pour accompagner l’œuvre. L’utilisateur devait être allongé dans un lit. Verra-t-elle le jour ?
 
Dorian Rigal & Léon Denise : Cette installation est une de nos ambitions les plus fortes. Elle relie des thèmes qui nous sont chers : l’eau, les rêves, le voyage. Avant de la faire rencontrer au grand public, nous voulons avoir expérimenté avec le dispositif encore plus en profondeur. Nous continuons de rêver autour de ce projet.
 
 
360FF : Quels sont les prochains projets ?
 
Samuel Lepoil : Heterotopia est une recherche permanente. Nous voulons continuer d’expérimenter autour de ce thème, écouter le public, et écouter l’œuvre. Notre désir pour la suite du projet est de retrouver le sens du toucher et la performance live qui ont guidé nos recherches à l’origine. Ce dispositif est centré sur un thème, mais porte en lui plusieurs histoires. A nous de les découvrir.